Une étude commandée par Greenpeace indique que la flambée des prix à la pompe depuis le début de la guerre contre l’Iran aurait rapporté 36 milliards d’euros de bénéfices supplémentaires aux compagnies pétrolières dans l’UE. L’ONG réclame une taxe permanente sur les profits du secteur fossile.
Le jour même où Shell, TotalEnergies et d’autres majors publient leurs résultats du troisième trimestre, qui s’annoncent une nouvelle fois record, Greenpeace Luxembourg tire la sonnette d’alarme.
D’après une étude réalisée par l’expert en énergie Steffen Bukold pour Greenpeace Allemagne, l’industrie pétrolière a engrangé 36 milliards d’euros de surprofits dans l’UE depuis le début de la guerre contre l’Iran, soit environ 154 millions d’euros par jour. Le mois de septembre a battu tous les records avec 7,3 milliards d’euros.
Au Luxembourg, ces surprofits atteindraient 210 millions d’euros entre le 1er mars et le 19 octobre.
Sur cette période, les prix du diesel hors taxes ont augmenté en moyenne de 22,7 centimes par litre de plus que ceux du pétrole brut dans l’UE. Pour l’essence, l’écart est de 13,3 centimes. Au Luxembourg, la marge supplémentaire s’élève à 24,6 centimes par litre de diesel et 12,5 centimes par litre d’essence. Or selon l’étude, les coûts de raffinage et de distribution sont restés globalement stables. Pour Greenpeace, les compagnies se servent donc de la crise au Moyen-Orient comme prétexte pour gonfler leurs marges aux dépens des automobilistes.
«Ils exploitent sans vergogne»
L’étude compare la marge brute par litre de janvier et février 2026, avant la guerre, à celle de la période étudiée, puis multiplie la différence par les volumes vendus. Les auteurs précisent qu’il s’agit d’estimations et non de bénéfices déclarés par les entreprises, et qu’ils peuvent aussi inclure les gains des grossistes et des exploitants de stations-service.
«Les compagnies pétrolières exploitent sans vergogne les gens qui dépendent de leur voiture et profitent des guerres et de la destruction du climat pour s’enrichir», dénonce Altynaï Bidaubayle, chargée de campagne chez Greenpeace Luxembourg.
L’ONG appelle le gouvernement luxembourgeois à plaider pour une taxe permanente sur les bénéfices des entreprises pétrolières et gazières, au moment où le sujet progresse à Bruxelles : six États membres ont réclamé une taxe sur les surprofits du secteur fossile, la Commission européenne a été chargée de créer un groupe de travail et un sommet extraordinaire du Conseil européen, les 26 et 27 novembre, doit aborder de nouvelles recettes pour le budget 2028-2034.
Selon Greenpeace, un taux de 33 % appliqué aux surprofits mensuels moyens rapporterait environ 9 millions d’euros par mois à l’État luxembourgeois, qui pourraient financer le remplacement des chauffages au fioul et au gaz.
L’ONG critique au passage la prolongation de la remise sur les carburants, actuellement discutée dans le cadre de la tripartite. Son effet pour les ménages serait limité et temporaire, et elle risquerait de compromettre les objectifs climatiques du Luxembourg dans les transports. «Ce n’est pas au gouvernement d’utiliser l’argent des contribuables pour atténuer les effets de la politique des compagnies pétrolières», estime Greenpeace.