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Équation énergétique

Lorsqu’il avait évoqué pour la première fois une prolongation des subventions étatiques sur les prix des produits pétroliers, le Premier ministre, Luc Frieden, avait également insisté sur l’importance de sécuriser l’approvisionnement énergétique. Un message rapidement éclipsé par la volonté de prolonger au-delà du 31 décembre les rabais sur le diesel, l’essence et le mazout, confirmée mardi à l’issue de la réunion du Comité de suivi de la tripartite. Le chef du gouvernement est toutefois resté vague sur les modalités de cette prolongation, qui devra se faire «d’une manière ou d’une autre», avec pour objectif d’éviter une facture trop salée, tant pour les ménages que pour les entreprises.

À y regarder de plus près, les documents mis à la disposition des partenaires sociaux révèlent que le prix ne sera pas le seul facteur à prendre en compte lors des négociations. Le ministère de l’Économie tire en effet une conclusion passée inaperçue : «Les interventions sur le prix des énergies fossiles risquent de compromettre la sécurité d’approvisionnement et de cimenter les dépendances.» Les «marges de sécurité d’approvisionnement» seraient déjà «réduites, notamment pour le diesel et le gaz». Des difficultés ponctuelles d’approvisionnement ont d’ailleurs été signalées cet été (lire en page 2). En cause, non seulement une nette hausse des ventes de carburants, mais aussi des difficultés de livraison, notamment en raison des niveaux historiquement bas du Rhin. À cela s’ajoutent le blocage persistant du détroit d’Ormuz et la réduction forcée des exportations de pétrole de l’Arabie saoudite. Selon le Statec, l’offre mondiale de pétrole ne devrait se normaliser que progressivement d’ici l’été 2027. Le choc énergétique ne serait donc plus transitoire. L’accalmie en matière de prix à la pompe observée cet été n’a constitué qu’un bref répit.

Un cercle vicieux s’installe. Une baisse artificielle des prix peut accentuer le risque de pénurie, tandis qu’une pénurie à l’échelle mondiale, aggravée par les tensions géopolitiques, entraîne une flambée des prix. À cela s’ajoutent les enjeux écologiques et la marge financière dont dispose encore l’État. L’équation que devra résoudre la tripartite s’annonce donc bien plus complexe qu’il n’y paraît.

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