Accueil | Police-Justice | Paris : l’instigateur d’un groupuscule d’ultradroite condamné

Paris : l’instigateur d’un groupuscule d’ultradroite condamné


La première expertise psychiatrique estimait que Remy Daillet avait mis son intelligence «au service de la manipulation». (Photo : afp)

L’instigateur de l’enlèvement de la petite Mia en 2021, Rémy Daillet, chef d’un groupuscule d’ultradroite, a été condamné jeudi à six ans de prison. Il voulait renverser le gouvernement.

Le mouvement d’extrême droite radicale, né pendant la pandémie de Covid-19, avait théorisé l’enlèvement d’enfants et ambitionnait de renverser le gouvernement «pacifiquement ou avec effusion de sang». Seul détenu du procès, l’éphémère cadre du MoDem expatrié en Malaisie à l’époque des faits, a déjà effectué plus de trois ans de détention. 

Le tribunal a reconnu l’altération de son discernement au moment des faits et celui de trois autres de ses co-prévenus. Des peines aménageables sous bracelet électronique, pour la plupart, ont été prononcées contre 13 de ses coprévenus. À l’exception de Rémy Daillet, seul Robert K., qui vit aux États-Unis et n’était pas présent à l’audience, a été condamné à de la prison ferme, deux ans avec mandat d’arrêt.

Lola M., la mère de Mia, enlevée par plusieurs prévenus, a été condamnée à deux ans de prison, dont 18 mois avec sursis probatoire, assortis d’une obligation de soins. «L’entreprise portée par Rémy Daillet a agrégé dans un même projet terroriste des personnalités isolées et fragilisées par la crise sanitaire de la Covid-19 et en colère contre les mesures gouvernementales prises dans ce contexte», a estimé le tribunal dans sa décision.

Des personnalités  déjà fragiles pour certaines expliquent que le projet terroriste de renversement des institutions soit resté dans un état embryonnaire, ce qui a été pris en compte dans la détermination des peines», a-t-il ajouté, précisant le caractère «profondément antisémite(s) et raciste(s)» de plusieurs prévenus qui projetaient notamment de «séquestrer Jacques Attali et Bernard-Henri Lévy».

Le parquet antiterroriste avait décrit, lors de ses réquisitions, largement suivies par le tribunal, les 14 coprévenus de Rémy Daillet comme un ensemble hétérogène, acquis à un délire complotiste. Tous avaient été happés par les vidéos de l’ancien politique qui prônait, sur sa chaîne YouTube aux 35 000 abonnés, un changement de régime «autoritaire et violent», selon le président.

Militaires, professeur de physique-chimie, intermittent du spectacle, coach sportif ou encore retraités, âgés de 28 à 74 ans, ont défilé pendant trois semaines et demie à la barre, apparaissant isolés et vulnérables derrière leur écran au moment de leur adhésion au mouvement.

Altération du discernement

Lors de ses derniers mots, une tirade de 20 minutes, Rémy Daillet s’est «réjoui» d’avoir pu s’exprimer «sans duplicité» et «quitte à déplaire» tout au long des débats, confirmant ainsi le narcissisme mis en lumière par les expertises, dont l’une a conclu à une altération de son discernement au moment des faits, reconnue par le tribunal.

La première expertise estimait qu’il avait mis son intelligence «au service de la manipulation», signe d’un dysfonctionnement de sa perception du monde. La seconde évoquait des troubles psychiques ayant altéré son discernement, chez une personnalité «proche du type borderline», «hermétique à l’introspection».

L’ancien chantre de l’école à la maison, théoricien de l’enlèvement d’enfants, qu’il avait rebaptisé restitution, avait également conseillé à la mère de Mia d’écrire une lettre manuscrite à sa fille, «un très bon outil de réparation». Visiblement très affectée par le portrait de mère défaillante dressé d’elle, Lola M. a quitté à plusieurs reprises la salle d’audience pendant les débats. 

«Sa volonté n’était pas de séquestrer sa fille mais de vivre avec elle dans la plus grande liberté», avait plaidé son avocate, Me Sophie Janois, qui a rappelé les violences conjugales commises par le père de Mia et le passé d’ancienne héroïnomane de sa cliente.

«Il est temps de lui permettre d’être libre, elle a déjà subi la peine capitale, elle est privée de ses enfants», avait-elle conclu. Les dissensions et désillusions de plusieurs membres du groupuscule ont émergé pendant les débats, laissant apparaître, selon la défense, une bande de «pieds nickelés» repeinte par l’accusation en dangereuse menace pour la société française. L’ancien chef de la propagande du mouvement, Adrien B., qui effectuera sa peine sous bracelet électronique, a admis s’être fait «retourner le cerveau» par Rémy Daillet, résumant ses troupes à une bande de retraités «alcoolos» avec «des problèmes psy ».

Newsletter du Quotidien

Inscrivez-vous à notre newsletter et recevez tous les jours notre sélection de l'actualité.

En cliquant sur "Je m'inscris" vous acceptez de recevoir les newsletters du Quotidien ainsi que les conditions d'utilisation et la politique de protection des données personnelles conformément au RGPD.