Accueil | A la Une | Pesticides : «Il faut sonner l’alerte !»

Pesticides : «Il faut sonner l’alerte !»


Blanche Weber, présidente du Méco, a profité du témoignage des victimes de pesticides afin de réclamer une réforme agraire. (Photo : fabrizio pizzolante)

Reçus ce mercredi à l’Oekozenter par le Mouvement écologiste, trois travailleurs agricoles français atteints de cancers et de Parkinson ont témoigné des ravages sanitaires causés par l’usage des pesticides qui n’échappe pas au Grand-Duché.

Daniel Bodenes était paysagiste, Denis Benoit arboriculteur et José Nadan apiculteur. Français tous les trois, installés entre la Bretagne et le Maine-et-Loire, ils partagent un triste point commun : celui d’une carrière professionnelle passée au plus près de la nature qui leur aura coûté la santé. Le premier d’entre eux vit avec la maladie de Parkinson, les deux autres, retraités, souffrent de cancers de la prostate, et toutes ces pathologies sont reconnues comme des maladies professionnelles causées par l’usage de pesticides.

Accueillis ce mercredi par le Mouvement écologiste (Méco) afin de témoigner (lire ci-dessous) à l’Oekozenter Pafendall, Daniel, Denis et José font partie de l’«Odyssée pour notre santé». Il s’agit d’un cortège cycliste lancé en septembre 2025 et organisé à travers 15 pays européens par l’association «Les Mutuelles pour la santé planétaire», qui regroupe une vingtaine de mutuelles de santé françaises et belges. Ce rassemblement à deux roues a pour but de sensibiliser à la question des pesticides partout où il fait étape, avec comme destination finale le Parlement européen, à Bruxelles, où l’association tiendra un colloque sur le sujet le 19 octobre prochain.

Le Grand-Duché déjà contaminé

Avant d’écouter les récits poignants des trois victimes de l’usage des pesticides en France, la présidente du Méco, Blanche Weber, tient à le préciser : «C’est évidemment un problème qui concerne également le Luxembourg.» En guise d’introduction, Roger Dammé, secrétaire de l’ASBL, dresse ainsi un état des lieux critique à partir d’études réalisées ces cinq dernières années. La plus récente, dévoilée en février dernier, concerne la contamination des pommes luxembourgeoises et révélait que «100 % des pommes non bio étaient contaminées, avec jusqu’à sept pesticides différents par fruit».

Elle avait provoqué une nouvelle colère du Méco, qui déplorait déjà d’autres chiffres alarmants : la présence du polluant éternel TFA dans 50 % de l’eau minérale du pays, la contamination de 61 % des aliments issus de l’agriculture conventionnelle testés par l’ALVA, les 88 polluants chimiques détectés dans l’organisme d’enfants ou encore les niveaux élevés de substances actives de pesticides dans la poussière de onze foyers.

Malgré tout cela, Blanche Weber déplore un manque de prise de conscience au Grand-Duché : «Nous devons reconnaître que nous avons un problème substantiel de contamination. On dit toujours qu’au Luxembourg on utilise moins de pesticides, mais on ne parle pas de la toxicité; ce n’est pas un problème de volume.» Elle réclame ainsi une réforme de la politique agraire, «mais il faut du courage politique pour le faire, et notre ministre ne le fera pas».

«Il n’y a aucun moyen de se protéger»

S’ils étaient face aux agriculteurs ou politiques luxembourgeois, les trois témoins et victimes des dégâts des pesticides pourraient néanmoins provoquer quelques déclics. «Il faut sonner l’alerte, il faut sonner la révolution», lance, ému, Daniel Bodenes. «Aujourd’hui, il y a des familles qui n’ont aucune origine agricole mais qui ont le malheur d’habiter à la campagne, près d’agriculteurs qui utilisent des pesticides, et leurs enfants ont le cancer.»

Bien que la Chambre d’agriculture dise, à ce jour, n’avoir pas eu connaissance d’une maladie professionnelle provoquée par l’usage de produits phytosanitaires, Denis Benoit se montre alarmiste. «Il n’y a aucun moyen de se protéger des pesticides», assure-t-il. «Les études montrent que les combinaisons préconisées par les firmes chimiques ne sont pas étanches, pas adaptées. Les pesticides passent en dessous et, comme il fait chaud, les pores de la peau sont ouverts, donc le plus protégé devient finalement le plus touché.»

Peu importe la dose, toute exposition est fatale, insiste José Nadan : «Je pensais ne pas avoir manipulé beaucoup de Roundup autour de mes ruches…», confie celui qui, en fin de carrière, découvre qu’il est atteint d’un cancer de la prostate. «Les pesticides sont une cause identifiée qui tue», martèle Martin Rieussec-Fournier, président des «Mutuelles pour la santé planétaire». Parmi les doléances de son association se trouve, entre autres, le rejet du projet «assassin» de l’Omnibus 10 de l’Union européenne, qui vise à assouplir l’encadrement des pesticides.

Trois vies brisées par les pesticides

Daniel, José et Denis ont consacré leur carrière à la nature. Atteints de Parkinson et de cancers, ils témoignent de l’impact dévastateur des pesticides sur leur santé.

  • Daniel Bodenes

«J’étais paysagiste, j’ai créé mon entreprise en 1988. En 2015, j’ai commencé à avoir des doutes en sentant mon bras gauche trembler et en trébuchant sur des pas de porte. Mon médecin traitant n’a rien trouvé, mais j’ai eu un rendez-vous chez le neurologue qui m’a donné son verdict : c’était la maladie de Parkinson. Je lui ai dit : « Tiens, mon collègue a aussi Parkinson. » À 53 ans, je me suis donc demandé ce que j’allais faire maintenant. J’ai une évolution assez lente de la maladie, mais je suis en colère contre les producteurs de ces poisons. Ce sont des meurtriers, tous les produits sont dangereux, aucun ne l’est moins qu’un autre. Heureusement, j’ai découvert le collectif de défense des victimes de pesticides qui m’a beaucoup aidé. Et j’ai la chance d’avoir mon épouse à mes côtés; sans elle, je ne sais pas si je serais là.»

  • José Nadan

«J’ai été apiculteur pendant environ 35 ans et même si j’avais rapidement pris conscience de la toxicité des pesticides sur les ruches, j’avais l’impression de ne pas être concerné par la maladie. Arrivé à la retraite, un peu par hasard lors d’une visite chez le médecin, j’ai découvert que j’avais un cancer de la prostate. On se demande alors pour quelle raison cela nous arrive. Avec un peu de recul, dans les années 1990, j’avais quand même planté un verger et je désherbais avec un produit qui était présenté à l’époque comme naturel, biodégradable et sans aucun effet sur les animaux ou l’homme. C’était le Roundup, un produit à base de glyphosate. Et je l’ai utilisé sans la moindre précaution, parfois j’en prenais dans le visage avec le vent, mais comme c’était biodégradable, je me disais que ce n’était pas dangereux.»

  • Denis Benoit

«Je suis issu d’un enseignement agricole des années 1980 où l’on ne parlait pas trop de pesticides et lorsqu’on prononçait les mots « agriculture biologique », on sentait un sourire aux lèvres de la part des professeurs. Ce qui voulait dire que ce n’était pas sérieux. J’ai commencé comme ouvrier en arboriculture et j’ai balancé pas mal de pesticides qui aujourd’hui sont interdits. J’avais des allergies, parfois de la fièvre le soir, mais le lendemain matin ça allait mieux, je repartais au boulot. Puis, je suis devenu apiculteur, mais j’ai été confronté à un retour des pesticides. Et à 59 ans, on m’a diagnostiqué un cancer de la prostate. C’est une épée de Damoclès au-dessus de la tête, puisque, depuis cinq ans, je dois gérer cette maladie. Après une ablation, on a constaté que j’avais les cellules cancéreuses les plus agressives. J’en suis donc à une soixantaine de séances de radiothérapie et d’hormonothérapie.»

En second plan, Denis et José ont témoigné auprès du Mouvement écologiste de leurs cancers causés par les pesticides. (Photo : fabrizio pizzolante)

[/box]

Newsletter du Quotidien

Inscrivez-vous à notre newsletter et recevez tous les jours notre sélection de l'actualité.

En cliquant sur "Je m'inscris" vous acceptez de recevoir les newsletters du Quotidien ainsi que les conditions d'utilisation et la politique de protection des données personnelles conformément au RGPD.